Les origines de la Touvre

DES ORIGINES DE LA TOUVRE – LA LEGENDE.

Il était une fois un cours d’eau nommé Bandiat et une rivière nommée Tardoire. Maître Bandiat et Dame Tardoire étaient fait pour se rencontrer, il arriva ce qui devait arriver, ils se marièrent. Maître Bandiat étant la virilité faite fleuve, on assume son patronyme comme on peut, et Dame Tardoire une mère porteuse : porteuse d’énergie, de barques, mais aussi de rêves. Ils avaient choisis de cacher leur amour au coeur de la terre. Cet amour caché les purifia, aidé par la Terre sans doute. Les pauvres en avaient bien besoin, tout chargés qu’ils étaient des déchets déposés par les laveurs de mines et les rouisseurs de chanvre. Cent soixante neuf mines et forges dans le bassin et des hectares de chanvre, ça laisse des traces, forcément !
Des amours de Maître Bandiat et Dame Tardoire naquirent deux enfants, deux beaux mâles : l’un calme et serein qu’on surnomma : ” le Dormant ” , l’autre plus instable et indiscipliné qu’on appela : ” le Bouillant “. Ces deux enfants, allaient pouvoir fournir plein d’énergie, et générer à la source de Touvre, lieu de leur naissance, toute la force motrice que Monsieur de Montalembert saura capter pour créer un peu plus loin sa nouvelle forge industrielle, dont le site est toujours très actif.
Bandiat et Tardoire s’aimèrent tant, qu’un retour de flamme tardif, comme seuls les vieux couples solides en connaissent le secret, leur fit concevoir un nouvel enfant : ” la font de Lussac ” qui naquit le jour du tremblement de terre de Lisbonne, au milieu du dix huitième siècle.
Extrait du conte de Pierre Dumousseau, chroniqueur officiel de la première “Route des Tonneaux et des Canons”, de Nontron à Rochefort du 17 au 27 septembre 2003

 

DES ORIGINES DE LA TOUVRE – L’HISTOIRE.

En 1526, François 1er est à Touvre. Il connaît la contrée. IL est né 32 ans plus tôt à Cognac. Juste libéré de sa prison madrilène, il vient de conclure dans sa ville natale le pacte qui, espère t’il, lui permettra de récupérer ses deux fils, retenus depuis mars par Charles Quint. La pause qu’il s’autorise à Touvre révèle pourtant un autre souci : il veut connaître la profondeur de la source. Aussi ordonne t’il qu’on y descende un criminel qui, condamné à être pendu, ne risque rien de plus que de voir sa sentence exécutée avant l’heure, mais serait gracié s’il ressortait vivant de l’aventure souterraine.
« Le malheureux, raconte l’abbé Pierre Lescuras, curé de Touvre, consentit à être coulé dans une grande lanterne de fer garnie de vitres, et on utilisa à cet effet plusieurs brassées de cordes. Quand on l’eut retiré tout transi de peur et de froid, on lui posa quelques questions, mais ses réponses furent assez évasives. On rapporte qu’il se borna à déclarer qu’il avait été empêché d’aller jusqu’au bout par diverses pointes de rochers, et par de gros poissons qui s’étaient jetés sur la lanterne. A peine eut il fait cette déclaration que, ne pouvant plus respirer, il mourut sur le champ. »
Pour ce qui est de l’origine de la Touvre, François Corlieu, procureur du roi à Angoulême, s’en remet à ce qu’en disent les habitants du lieu : « On tient au pays, explique t’il, que cette rivière est issue d’une autre moins importante qu’on nomme le Bandeac et qui, passant à une lieu (environs 15 km) de là le long de la Braconne, se perd en plusieurs endroits et se rend à la Touvre. » « La chose est vraisemblable, poursuit il, quand on sait avec certitude que la fontaine Aréthuse, s’enterrant en Elide, part ainsi de la Grèce et vient par dessus la mer Tyrrhénienne resurgir en Sicile ».
Ces considérations géo-merveilleuses posées, le mystère de la Touvre n’est pas pour autant résolu. En effet, s’interroge l’auteur, « le seul Bandéac ne fait pas la Touvre, qui a six fois plus d’eau à elle seule que tout le Bandéac. » Alors ? Alors il faut croire que l’eau, ne trouvant ni puits ni fontaine pour se retirer, est retenu dans des cavernes et des fosses dont elle parvient à se dérober par vagues. Toujours est il que cette eau, « vive et froide au possible », rend la Touvre « merveilleuse fertile de bons poissons » : truites, anguilles et écrevisses s‘y ébattent avec vigueur.
Deux siècles s’écoulent à un rythme plus agité que celui de la Touvre, et voici que Lisbonne se trouve être l’épicentre d’un tremblement de terre si considérable que trente mille personne au moins y périssent. Son onde de choc se propage bien au delà des frontières du Portugal : en Espagne, où l’une des conséquences est l’extinction du nom de Racine avec la disparition Cadix du petit fils du dramaturge : en Afrique du Nord, « une peuplade entière d’Arabes fut ensevelie dans les abîmes » ; et dans l’ensemble de l’Europe.
Ce 1er novembre 1755, l’Angoumois n’est pas épargné. Une lettre parvenue d’Angoulême, et rapportée dans un ouvrage publié l’année suivante, rapporte « que le même jour qui a été si funeste au Portugal , on entendit à une lieu (d’Angoulême) un bruit souterrain ; que peu après la terre s’entrouvrit et qu’il en sortit un torrent chargé de sable de couleur rouge […] Plusieurs fontaines des environs d’Angoulême se troublèrent et leurs eaux baissèrent à tel point qu’on les crut prêtes à se tarir […] La Charente, ce même jour en un très court intervalle a baissé considérablement, puis est montée à une hauteur extraordinaire ».
Selon un autre témoignage rapporté par le même ouvrage, « à une lieue d’Angoulême et près des ruines d’un ancien château qui appartenaient aux anciens comtes d’Angoulême, on voit un lac qui n’est pas fort étendu dans sa longueur et sa largeur, mais dont on n’a pu jusqu’ici trouver la profondeur, quoiqu’elle ait été sondée plusieurs fois. La tradition commune veut que le lac prenne sa source dans les eaux du Bandiat, petit rivière qui en est éloignée d’environ deux lieue, te qui effectivement a dans son cours plusieurs gouffres où les eaux se précipitent. »
« C’est à la distance de dix toises (environ 20 km) de ce lac, poursuit le narrateur qui semble avoir recueilli des témoignages dignes de foi, que le premier du mois de novembre dernier, sur les onze heures du matin, un rocher fut brisé et entrouvert avec un bruit effroyable qui durait depuis quelques minutes : il en sortit un torrent dont le volume d’eau de plus de dix pieds (environ trente deux centimètres) de diamètre entraîna beaucoup de grosses pierres, des cailloux et quelques pièces de bois carrés, qui paraissaient avoir été garnies de fer par une rouille épaisse qui est encore attachée, ainsi que trois pieux de la hauteur de quatre pieds, propres pour du pilotis. Avant l’irruption de ce torrent, les eaux du lac étaient troublées et blanchâtres depuis près d’une heure ; [puis] elles reprirent leur couleur naturelle. Le torrent n’a fourni la même quantité d’eau que pendant deux jours, et a diminué peu à peu de façon qu’il ne coule presque plus. » De ce cataclysme qui marqua les esprits et ne fit qu’ajouter aux mystères qui entouraient la circulation souterraine des eaux et leur apparition quasi miraculeuse, on ne parlait pas de résurgence avant la fin du XIXe siècle.
Pourtant ce qu’on a pris l’habitude « la source » ou « les sources » de la Touvre est en réalité un ensemble de quatre résurgences. La plus importante d’entre elles est le Bouillant, dont la surface est plus ou moins agitée par des remous caractéristiques et évolutifs suivant les saisons. La colonne d’eau descendante, qui provoque cette agitation, paraît moins puissante de nos jours qu’il y a un demi-siècle. Des textes datant de 1930 décrivent en effet un bouillonnement pouvant atteindre jusqu’à quarante centimètres au dessus de la surface de l’eau. La Touvre est célèbre par sa source (qui a d’ailleurs une fausse source ou résurgence), car elle naît brusquement d’une triple émergence : La Lèche, La font de Lussac et le Bouillant. La réunion de ces trois résurgences forme un débit d’autant plus imposant qu’il s’étale largement et paresseusement dans un lit peu profond, encombré de végétation aquatique.
retour